Entrevue Luc Poirier

PM: Bonjour à tous, pour ce nouvel article, j’ai la chance d’avoir avec moi Luc Poirier. Pour ceux qui ne connaissent pas encore Luc, il est un entrepreneur et un visionnaire à succès. Il a entrepris énormément de projets, autant dans le multi-logements que dans d’autres sphères du monde des affaires. Tu as fait du multi-logements, mais je veux surtout aborder aujourd’hui le côté entrepreneur que tu as développé. Comment as-tu commencé et qu’est-ce qui t’as mené vers l’immobilier?LP: Je viens d’une famille très pauvre, ma mère était sur l’aide sociale et elle s’occupait de trois enfants. À quatorze ans, lorsque l’on commence à avoir le sentiment d’appartenance, j’ai voulu m’habiller comme les autres et pouvoir faire des activités comme jouer au hockey, mais nous n’en avions pas les moyens. J’ai donc commencé à me débrouiller pour faire de l’argent moi-même en vendant des cartes de hockey. Je me suis différencié des autres qui vendaient des cartes de hockey, car j’ai compris rapidement la différence des marchés. J’avais compris rapidement qu’ici c’était les vedettes francophones qui étaient les plus populaires et qu’à l’extérieur du Québec c’étaient les vedettes anglophones. J’allais donc échanger les cartes d’une école à l’autre.PM: C’est drôle que tu le mentionnes, car un de mes mentors est Gary Vaynerchuk et c’est comme ça qu’il a commencé lui aussi.LP: Par la suite, j’aimais le rap et le hip-hop donc j’ai commencé à importer des chandails et des casquettes d’équipe de sport américaine, car c’était la mode à ce moment-là. J’ai ensuite enchaîné avec les pièces informatiques, car j’ai réalisé qu’il commençait à y avoir un marché pour cela. J’ai donc eu plusieurs magasins de pièces informatiques et, ce qui est arrivé, est que l’immeuble où se trouvait mon bureau chef était à vendre car le propriétaire était en faillite. C’était en 1995 et l’immobilier battait de l’aile. La banque m’a appelé pour me demander si je désirais acheter l’immeuble, puisque j’étais déjà locataire, avant de le donner à un agent d’immeuble, mais je leur ai dit que cela ne m’intéressait pas puisque ce n’était pas mon domaine et que je ne connaissais rien en immobilier. De toute façon, j’utilisais tout mon argent afin de faire grandir mes magasins. Cependant, peu de temps après, lorsque des gens sont venus pour visiter l’immeuble, je me suis rappelé de quelque chose que j’avais appris lors de mon cours de droit à l’université, disant que si le bail n’est pas enregistré pour un immeuble commercial, le nouveau propriétaire pouvait m’évincer même si j’avais un bail. J’ai donc pris peur et j’ai rappelé la banque et ai acheté l’immeuble. C’était un petit duplex commercial avec une compagnie d’assurances au deuxième. L’histoire de tout cela est que j’ai acheté par la force des choses, mais après quelques mois, je me rendu compte que le loyer d’en haut payait pratiquement toutes mes dépenses reliées à l’immeuble. Je me retrouvais donc avec mon loyer du bas gratuit. C’est ce qui m’a ouvert les yeux sur l’immobilier et à ce moment-là j’ai voulu acheter l’immeuble d’à côté du même propriétaire qui avait fait faillite. Mes trois premiers immeubles étaient du commercial.PM: C’est assez spécial car la plupart des gens vont faire l’inverse. Ils vont commencer dans le multi-logements et peut-être s’aventurer dans le commercial par la suite, mais, dans ton cas, puisque tu avais déjà une entreprise, tu as démarré directement la-dessus.« J’ai une tolérance au risque assez élevé donc je n’ai pas peur de beaucoup de choses dans la vie et encore moins en tant qu’entrepreneur. J’ai fait plusieurs coups assez intenses. » – Luc PoirierLP: J’ai commencé avec du commercial et le même propriétaire a fait faillite donc j’ai racheté les immeubles du même propriétaire que la banque avait repris. Par la suite, je me suis cependant dirigé vers le résidentiel, car je cherchais quelque chose de plus stable. En 1995, dans le commercial, ça n’allait pas bien, il y avait beaucoup d’immeubles vides. J’étais dans le secteur de Longueuil sur le chemin de Chambly. Je voulais donc acheter des immeubles et ai décidé de commencer avec des 8 logements, car je voulais apprendre. J’ai acheté plusieurs 8 logements avec des méthodes assez intenses que j’ai déjà mentionnées lors de conférences. Les gens sont ébahis, car mon parc immobilier a monté rapidement. J’ai commencé à 21 ans à acheter des immeubles locatifs et à 24 ans j’avais 300 portes.PM: C’est important que tu le mentionnes, car tu as démarré ton commerce à un jeune âge, 18 ans, ensuite, un an plus tard, tu as dû faire l’achat de l’immeuble et les autres achats de bâtiments commerciaux qui s’en sont suivis et le résidentiel que tu as commencé à 21 ans. Tout ça est vraiment impressionnant!LP: J’ai utilisé plusieurs trucs que l’on ne peut plus faire aujourd’hui. Par exemple, acheter plusieurs immeubles avec la même mise de fonds ou acheter des immeubles sur mes cartes de crédit. J’ai acheté des 8 logements sur mes cartes de crédits. C’est le genre de chose que je ne conseille pas aux gens de faire, mais qui me convenait dans ma situation. De plus, j’ai une tolérance au risque assez élevé donc je n’ai pas peur de beaucoup de choses dans la vie et encore moins en tant qu’entrepreneur. J’ai fait plusieurs coups assez intenses. D’ailleurs, lorsque j’ai acheté l’hôpital pour enfants de Montréal, c’était un peu la même philosophie. Tout le monde offrait entre 40 et 55 millions et j’ai offert 25 millions comptant, mais sans conditions.PM: Tu as donc gardé ton goût du risque, ce qui est une bonne chose. C’est impressionnant, car parfois les gens deviennent inconfortables avec le temps. C’est important de toujours se sortir de sa zone de confort. Tu as développé le multi-logements jusqu’à 24 ans et jusqu’à 300 portes dans le secteur où tu habitais.LP: Exact, mais est venu un temps où, à 24 ans, j’étais un peu blasé car, de 14 ans à 24 ans je n’avais pas vu ma vie passer. J’ai travaillé tous les jours à temps plein dans un dépanneur, à partir de quatorze ans, et la fin de semaine je vendais des cartes de hockey. Je travaillais 44 heures au dépanneur plus les foires de collectionneurs la fin de semaine donc c’était l’équivalent de 120 heures par semaine avec l’école. Je n’ai pas vu ma jeunesse passer, ce que je regrette aujourd’hui, de 14 à 24 ans, donc je me suis lassé et j’ai pris quatre ans de sabbatique et j’ai tout vendu d’un seul coup. J’ai décidé de bâtir moi-même ma propre maison. Je ne connaissais rien la-dedans et c’était un assez gros projet avec plus de 10 000 pieds carré, mais c’est de cette façon que j’ai vraiment appris la construction. À ce moment-là, je ne pensais pas que ça allait m’aider pour le futur à bâtir de plus gros immeubles au centre-ville.PM: Pour faire le lien avec ce que tu as appris et la construction, nous allons parler de ton projet le RUBIC au centre-ville de Montréal. Je te reconnais dans ce projet, car tu ne pouvais pas simplement construire, il fallait que tu fasses les choses d’une façon complètement différente. Je te laisse expliquer le projet.LP: Je ne construis pas simplement pour construire, je construis car j’innove. Le RUBIC est un immeuble, sur le coin de René-Lévesque et Amherst, et c’est une méthode de construction où l’on construit le toit au rez-de-chaussée et cela nous permet de toujours construire l’immeuble en étant protégé. Nous sommes donc protégés de la pluie, du vent, de la neige, etc. nous permettant d’éliminer plusieurs contraintes puisque nous sommes toujours à l’abri lors de la construction.« Beaucoup de gens disent qu’il faut aimer son travail, mais lorsque l’on est passionné, ce n’est pas ce que l’on a l’impression de faire. » – Patrice MénardPM: Au niveau des coûts et de l’ingénierie cela doit être difficile à gérer?LP: C’est ce qui est intéressant car, lorsque nous avons démarré ce projet, personne ne voulait s’associer avec nous et nous ont dit que cela ne se faisait pas. Sans compter les problèmes potentiels avec les pompiers pour les incendies et les ascenseurs. Personne n’y croyait, mais nous savions que nous pouvions y arriver. Nous avons commencé avec un 10 étages pour voir comment cela allait aller et, au final, nous avons des postes budgétaires où nous ne pensions jamais sauver autant. Par exemple, pour la location du domaine public. Lorsque l’on construit en ville, on doit réserver pour l’espace public. Pour le RUBIC, nous étions sur René-Lévesque et cet endroit coûte une fortune donc nous avions budgété 250 000$. C’est ce que la banque nous avait demandé, mais au final, cela nous a couté 38 000$. La raison est simple, nous n’avons aucune grue. Lorsque les gens passent devant notre terrain, ils ont l’impression que nous avons un gros terrain, mais en réalité, nous avons un terrain de 3600 pieds carré. Lorsque je me suis fait présenter ce concept, ce qui m’est venu en tête immédiatement est qu’il serait possible de l’utiliser pour tous les petis terrains qu’il reste dans les grandes villes du monde. Par exemple, il existe à Manhattan des terrains de 2500 pieds carré, mais personne ne peut les acheter, car ils sont trop petits pour faire quoique ce soit avec la méthode traditionnelle.PM: On pourrait passer énormément de temps à parler de chacun de tes projets, car tout ce que tu as accompli est vraiment impressionnant, mais en ce moment, quel est le projet qui te tient le plus à coeur?LP: Depuis environ deux ans, je travaille sur le projet qui me tient vraiment le plus à coeur. Je veux construire la tour la plus haute au Canada. En ce moment, tout se passe vraiment bien et, si tout continue dans cette voie, nous devrions être en mesure d’annoncer quelque chose d’ici cet automne. En ce moment, la plus haute tour au Canada est à Toronto. C’est la tour de la BMO et je crois qu’elle est de 296 mètres. Cela va donc dépasser 300 mètres c’est certain.PM: Nous allons suivre tout ça c’est certain. Je sais que tu ne peux pas trop en parler pour l’instant. Dans un autre ordre d’idées, y’a-t-il un projet qui est plus intense que les autres et que tu n’as peut-être jamais mentionné auparavant?LP: J’en aurais peut-être un. Depuis environ une dizaine de mois je travaille pour acheter l’une des équipe de la ligue nationale de hockey de façon complète donc 100% des actions. J’ai déjà fait deux offres d’achats et je suis en négociations avec l’une d’entre eux en ce moment.PM: C’est tout de même particulier, car tu as démarré avec les cartes de hockey et les casquettes pour, par la suite, te retrouver ici aujourd’hui. C’est incroyable car la vie d’il y a 5 ou 10 ans n’aurait peut-être pas permise de penser en arriver là un jour. Le cerveau est en mesure de prendre de l’expansion et nous permettre de voir de plus en plus grand. Le secret d’un entrepreneur est justement de ne pas s’asseoir sur ses lauriers après un beau coup et tomber en mode défensif. Tout est dans l’exécution pour que les gens puissent prendre la décision de te suivre par la suite.LP: D’ailleurs, quand j’ai fait l’offre pour l’hôpital pour enfants, je ne pensais jamais réussir à l’avoir. Je savais que mes concurrents offraient beaucoup plus que mois, mais j’ai été le seul qui a osé offrir sans conditions. Cependant, lorsque je l’ai eu, il y a un proverbe anglais disant: ne souhaite pas ce qui risque d’arriver et c’est ce qui m’est arrivé. L’histoire est que, j’ai fait une offre puisque la date limite approchait. J’ai appelé le courtier, un mois après, puisque je n’avais pas eu de nouvelles, et il m’a dit que c’était impossible que je puisse l’avoir puisque j’avais offert deux fois moins que tout le monde. Je lui ai donc demandé de me retourner mon dépôt et cela m’est sorti de la tête. Six ou sept mois plus tard, il m’a rappelé pour me demander si mon offre tenait toujours et, lorsque nous nous sommes parlés au téléphone, il m’a dit que même si j’étais plus bas que tout le monde, le fait de ne pas avoir de conditions avait rendu cela intéressant pour le vendeur.PM: Dernièrement j’étais sur Facebook et je regarde assez rapidement mon fil d’actualités, mais je suis tombé sur une de tes publications qui a attiré mon attention. Tu disais dormir cinq heure par jour pour, de cette façon, gagner un total de deux mois de plus dans ton année. Peux-tu nous expliquer comment tu arrives avec tout cela?LP: Au fil des années, beaucoup de gens m’ont demandé comment je faisais pour mettre à terme tous mes projets et je leur disais souvent en blague que je ne dormais pas beaucoup. Cependant, je me suis mis à calculer combien je gagnais de plus, en comparaison à la moyenne des gens dormant une moyenne de huit heures par nuit, en dormant uniquement cinq heures et je me rendu compte que, ces trois heures par jours que je gagnais, où je ne suis pas dérangé, font toute la différence au bout du compte. « Je dis souvent que l’on doit se reposer pour mieux avancer. Pour cette raison, je dis aux gens qui me disent qu’ils n’ont pas le temps de prendre des vacances qu’il faudrait toujours prendre le temps de prendre des vacances, car c’est à ce moment-là que j’ai toujours eu de bonnes idées. » – Luc PoirierPM: C’est un trait typique de tous les entrepreneurs. Beaucoup de gens disent qu’il faut aimer son travail, mais lorsque l’on est passionné, ce n’est pas ce que l’on a l’impression de faire. Une journée typique dans ta vie ressemblerait à quoi?LP: Je me lève vers 6:15 avec les enfants et je mange toujours avec eux. Ils quittent pour l’école vers 7:30 donc je quitte en même temps pour le bureau. J’ai souvent des dîners d’affaires, cela me permet de rester productif au courant de ma journée et de rester en contact avec des gens qui sont devenus des amis et que je n’ai pas tout le temps de voir en dehors des heures de travail. Je quitte habituellement le bureau vers 17:00 environ pour aller rejoindre ma famille et mes enfants qui arrivent de l’école. J’essaie de trouver des trucs pour faire plus de choses en moins de temps. J’ai une philosophie de vie où ma qualité de vie est plus importante que tout et je prends un minimum de quatre mois de vacances par année. Cet hiver, j’ai fait onze voyage à l’extérieur du pays.PM: C’est vraiment important car, parfois, les voyages ne nous repose pas nécessairement physiquement, mais mentalement cela peu faire un bien intense. Ça nous met dans un environnement différent et nous oblige à penser de façon différente.LP: Je dis souvent que l’on doit se reposer pour mieux avancer. Pour cette raison, je dis aux gens qui me disent qu’ils n’ont pas le temps de prendre des vacances qu’il faudrait toujours prendre le temps de prendre des vacances, car c’est à ce moment-là que j’ai toujours eu de bonnes idées. C’est lorsque nous sommes relaxés que nous sommes en mesure d’être créatifs et non entre deux téléphones.PM: Je comprends exactement ce que tu veux dire. Pour terminer, y’a-t-il un livre que tu as lu ou un mentor qui t’as grandement influencé?LP: Lorsque j’étais plus jeune, j’aimais beaucoup Richard Branson. C’est peut-être pour cette raison que je suis si prêt des valeurs familiales. Richard Branson, contrairement à Steve Jobs ou Elon Musk, a vraiment réussi les deux sphères de sa vie. Il a bien réussi en affaire et dans sa vie familiale. En ce qui concerne Steve Jobs, il a été élu, à chaque année, le pire employeur des États-Unis et il était exécrable avec sa famille. Ce n’est pas l’image que je veux, car je crois que la vie est un équilibre. Branson aime aussi faire des choses intenses au niveau personnelles afin de toujours repousser ses limites et je me suis retrouvé là-dedans. Par exemple, j’ai monté l’Everest en 2009 et un mois auparavant je n’avais jamais fait d’ascension de montagne. Je me mets constamment dans une position où je n’aurai pas le choix de réussir.PM: Tout ceci était vraiment intéressant, merci d’avoir partagé tout cela avec nous. Merci à Luc Poirier de nous avoir offert son temps et ses précieux conseils pour l’écriture de cet article ainsi que l’entrevue vidéo. L’entrevue est disponible sur notre page Facebook : Patrice Ménard – Multi-logements ou sur notre site web : patricemenard.com