Entrevue avec Yves Surprenant: Expert en extermination

PM: Bonjour à tous, pour ce nouvel article, j’ai la chance d’avoir avec moi Yves Surprenant, expert en extermination. Nous allons donc discuter de souris, rats, punaises de lits et tout ce qui s’y rattache. En tant qu’investisseur immobilier, lorsque l’on parle d’extermination, il s’agit d’une chose à laquelle nous allons tous devoir faire face tôt ou tard peu importe la grosseur de l’immeuble ou son secteur. J’ai eu la chance de voir M. Surprenant il y a environ 3 ans lors d’une conférence pour l’association des propriétaires du grand Montréal et je n’ai aucun doute qu’il est la meilleure personne pour discuter avec nous de ce sujet. Si l’on regarde sur la liste des problèmes les plus importants auxquels un propriétaire devra faire face, l’un des plus haut placé sur la liste est la vermine.YS: En effet, la vermine en général. Qu’il s’agisse de rats, souris, punaises, ce sont ceux que nous rencontrons le plus souvent. Par contre nous rencontrons parfois des écureuils ou des oiseaux et il s’agit de vermine que nous ne pouvons pas tuer légalement donc il est important de faire attention.PM: Nous allons parler des différentes vermines et des techniques à adopter, mais si l’on commence par les souris, lorsqu’un locataire nous appelle pour mentionner qu’il a un problème de souris, que doit-on regarder en entrant dans le logement?YS: Lorsque l’un de vos locataires se plaint d’un problème de rongeur, la première chose à faire est d’identifier le type de rongeur. Certaines choses peuvent être plus faciles à identifier et nous permettre de mieux identifier le problème. Par exemple, s’il y a un problème de rat venant des égouts, il risque d’y avoir une odeur d’égouts à l’intérieur du logement. L’endroit joue aussi un rôle important. Si le bruit provient du bas, il s’agit fort probablement d’un rat et s’il vient du haut, contrairement à la croyance populaire, il s’agit d’une souris.PM: C’est ce que tu mentionnais lorsque l’on mangeait avant l’entrevue. Les gens ont souvent tendances à regarder par terre lorsqu’ils sont à la recherche d’une souris ou cherchent le trou alors qu’en réalité elles proviennent du haut.YS: 90% du temps, lorsqu’une personne se retrouve avec un problème de souris, il provient du toit. Elles vont marcher le long des fils électriques, par le coupe-feu, peuvent entrer dans les logements par les petites ouvertures et, comme il s’agit de petits endroits, ils sont souvent difficiles à repérer. Cependant, il s’agit tout le temps des mêmes endroits.« Si le bruit provient du bas, il s’agit fort probablement d’un rat et s’il vient du haut, contrairement à la croyance populaire, il s’agit d’une souris. » – Yves SurprenantPM: Il s’agit donc souvent d’ouvertures dans l’entre-toit ou d’autres petites ouvertures qui ont été mal isolées.YS: Souvent, les gens ont fait refaire leur toit et, lorsque nous leur disons que le problème provient du toit, car il s’agit de la façon la plus simple de l’expliquer, beaucoup nous disent que c’est impossible car ils ont fait refaire leur toit il y a, par exemple, 1 an. Cependant, il ne s’agit pas d’un problème qui est sur le toit, mais sous le toit.PM: Et lorsque l’on parle de rats?YS: À ce moment-là on se doit de trouver la source. Il peut s’agir d’un tuyau de plomberie qui est resté ouvert, un bouchon qui a été oublié lors de travaux, etc. Nous avons déjà trouvé des tuyaux qui étaient ouverts depuis 25 ans et le problème de rats venait à peine de débuter.PM: C’est donc certain que les rats viennent des égouts et ils n’ont besoin que d’un trou ou d’un tuyau qui est mal bouché.YS: Juste un ancien lavabo qui a été changé d’endroit peut servir de bonne porte d’entrée. Bien souvent, lorsque les gens refont leur salle de bain, ils vont choisir de partir un autre tuyau pour limiter les coûts, cependant l’ancien est toujours ouvert.PM: On parle présentement de l’intérieur des murs et ce n’est pas toujours facile de trouver la source du problème donc, quel serait la première étape lorsqu’un locataire aperçoit une vermine quelconque? Doit-on vous appeler immédiatement ou il peut y avoir des indices?YS: Lorsqu’un locataire fait une plainte, bien souvent c’est parce qu’il a aperçu de la nourriture qui a été mangé, des excréments, s’ils sont gros comme un grain de riz il s’agit d’une souris et plus gros il s’agit de rats, ou entendu des bruits. C’est de cette façon que nous allons identifier avec certitude à quel type de vermine nous avons affaire. La deuxième étape est de déterminer l’endroit où ils se tiennent. À ce moment, le plus important est de faire affaire avec une personne qui connaît bien le domaine et ne cherchera pas seulement à vous vendre des produits et commencer à placer des appâts. Il est important, oui, de les empoisonner, mais ce qui est primordial est de trouver la source. Autrement, même si vous réglez ce problème, il va en entrer d’autre car si une souris a réussi à trouver le trou, il est fort probable qu’une douzaine vont suivre. Elles vont suivre les phéromones laissées sur le mur par la première souris.« Les endroits où la nourriture a été mangé ou vous avez attrapé des souris sont un bon indice que la source est probablement proche. » – Yves Surprenant PM: Une souris peut aussi bouger rapidement d’un appartement à l’autre donc il arrive qu’un locataire appelle pour signaler un problème de rongeurs, mais qu’en réalité la source soit située à côté et non dans le logement lui-même.YS: Exactement, c’est pour cette raison qu’il est important d’appliquer des pièges un petit peu partout et d’effectuer une vérification une semaine après. Les endroits où la nourriture a été mangé ou vous avez attrapé des souris sont un bon indice que la source est probablement proche.PM: Lorsqu’un propriétaire vous appelle, y’a-t-il quelque chose qu’il est possible de faire pour vérifier si le problème est récurrent?    YS: La première chose que je suggère, lorsque les gens viennent me voir, est d’appliquer des pièges. L’avantage des pièges mécaniques ou collants est qu’il est dans ce cas possible de les attraper alors que, avec du poison, ils peuvent mourir dans un mur et cela va donc occasionner des odeurs par la suite.PM: Exactement et même l’odeur du produit, si elle est trop forte, peut faire fuir les rongeurs que nous tentons d’attrapper et déplacer le problème dans un autre logement.YS: On doit faire attention car toutes ces petites bêtes étaient sur la terre bien avant nous et le serons bien après donc, si vous utilisez tout votre arsenal dès le départ, elles vont sentir qu’elles ne sont pas les bienvenues et vont se déplacer ailleurs. C’est pour cette raison qu’il est très important de procéder délicatement. Le plus important est que tous les locataires soient propres.PM: Une souris a un territoire d’environ 50 pieds donc, si elle se déplace, ce sera seulement dans un des logements à côté et non un autre immeuble. Et lorsque vient le temps de vous appeler vous allez être en mesure d’identifier exactement la source du problème.YS: Nous allons vérifier ce qui a été fait auparavant et identifier d’où provient le problème. Il s’agit de la base car on ne peut pas donner de médicaments à un malade sans auparavant effectuer un diagnostic et, dans notre cas, on doit donc identifier le rongeur et la cause pour éviter que cela revienne.PM: Nous avons parlé de souris et de rats. Une autre situation à laquelle nous faisons aussi face sont les coquerelles. On semble en entendre moins parler, est-ce qu’il y en a moins?YS: Il y a deux écoles de pensées à ce sujet, une disant que oui et l’autre non. Honnêtement, je dirais qu’il y en a moins. Nous en entendons moins parler et les produits sont aussi plus efficaces. Pour ce qui est de la préparation des logements, il n’est plus essentiel de vider complètement l’appartement pour le traiter. Il existe maintenant des pièges et appâts qui permettent de régler le problème sans tout vider. Cela rend notre travail plus facile car nous avons moins de choses à demander au locataire.« Auparavant, les gens utilisaient la bombe atomique simplement pour tuer une coquerelle alors que maintenant chaque bestiole à son produit. Je vois des gens utiliser toute sorte de produits et c’est ce que l’on doit éviter. » – Yves SurprenantPM: C’est d’ailleurs là que se situe le défi car les trois partis impliqués sont le locataire, le propriétaire et l’exterminateur, mais le client de l’exterminateur est le propriétaire même s’il doit gérer le locataire pour bien régler le problème. J’ai parfois vu des situations assez difficiles pour des exterminateurs qui se retrouvaient au centre d’un conflit entre le propriétaire et le locataire. Si l’on revient aux coquerelles, on pourrait dire qu’il s’agit d’un problème qui se règle assez facilement n’est-ce pas?YS: C’est beaucoup plus facile à régler maintenant que cela l’était auparavant. Beaucoup de recherches sont faites à propos des différents types de vermines, pour trouver de nouveaux produits et de nouvelles méthodes. Auparavant, les gens utilisaient la bombe atomique simplement pour tuer une coquerelle alors que maintenant chaque bestiole à son produit. Il est important de mentionner que tous nos produits sont fabriqués par des filiales de compagnies pharmaceutiques. Il y a donc une science derrière eux. Parfois je vois des gens utiliser toute sorte de produits et c’est ce que l’on doit éviter. Les produits de quincailleries sont excellents, mais le problème est que les gens vendant ces produits ne sont pas en mesure d’expliquer comment bien les utiliser.PM: La chose prenant énormément de place dans les médias en ce moment et dans les transactions que nous effectuons est la punaise de lit. Malheureusement, il s’agit d’une chose qui est maintenant très commune. Quel est la première étape lorsqu’un locataire se rend compte qu’il y a des punaises de lit dans son logement?YS: Un proverbe dit qu’il est important de connaître son ennemi pour le combattre. La première chose qu’il est important de comprendre est que ce n’est pas tout le monde qui aura une réaction aux piqûres de punaises. La réaction est une réaction allergique au venin que la punaise va envoyer pour aspirer le sang. Deux personnes peuvent donc dormir dans la même pièce et avoir des réactions complètement différentes car l’une des deux aura des piqûres, mais elles ne seront pas visibles. L’autre chose importante à mentionner est qu’une piqûre peut prendre entre 15 secondes et 4 semaines avant d’apparaître. Cela veut donc dire que, si un propriétaire reçoit un appel d’un locataire s’étant fait piquer, cela ne veut pas dire que c’est arrivé la veille. Il est possible qu’il se soit fait piquer à un autre endroit. Ce que les gens doivent comprendre est que, si la piqûre sort deux semaines après, vous pourriez vous être fait piquer n’importe où. Il ne faut pas dramatiser et s’imaginer qu’il y en a partout, mais il faut aussi rester calme lorsqu’une piqûre survient. La plupart des gens, lorsqu’ils en voient une, paniquent et veulent agir immédiatement.PM: C’est une chose importante à savoir car, si le locataire vient d’emménager, cela ne veut pas dire qu’il les a emmenées avec lui, car la réaction peut survenir 3 semaines après.YS: Il y a des étapes à suivre dans un premier temps avant de passer à l’application de produits chimiques qui sont probablement aussi nocif pour la peau que les piqûres. La première étape est de bien passer l’aspirateur dans chaque recoin du logement. Le long des plinthes, des tiroirs, le matelas et le sommier, bref, tous les petis endroits où la punaise pourrait se cacher il faut passer l’aspirateur.PM: En tant que propriétaire, la première chose qu’il faudrait donc faire est de demander au locataire de passer un bon coup d’aspirateur de fond en comble.« La collaboration est le point le plus important et il ne faut pas hésiter à en parler aux autres locataires afin d’obtenir une coopération complète. Autrement, chacun risque de faire à sa tête et répandre le problème dans d’autres logements. » – Yves SurprenantYS: Il existe aussi des pièges pouvant vérifier s’il y en a ou non. Ils peuvent être trouvés dans les quincailleries ou les entreprises en extermination. D’ailleurs, cela pourrait être encore mieux de vous les procurer dans une entreprise car ils seront en mesure de vous expliquer comment les utiliser de façon optimale. Dans une quincaillerie, les gens ont un permis et seront certifiés, mais ce ne sera pas la même chose qu’une personne qui est spécialisée dans ce domaine.PM: Par la suite, après avoir fait toutes ces premières étapes doit-on passer aux produits ou appeler directement un exterminateur et pourquoi cela pourrait-il être avantageux?YS: Premièrement, il va utiliser le bon produit dès le début et sait où l’appliquer. Par contre il faudra continuer le travail d’aspirateur par la suite afin de ramasser les punaises, les oeufs et la poussière pour que le produit puisse agir de façon optimale.PM: Un des défi qu’un exterminateur va rencontrer est la collaboration avec le locataire car, bien souvent, le problème peut prendre sa source avec un locataire moins coopératif.YS: En effet, les locataires non coopératifs risquent d’aggraver le problème, même si la source n’est pas directement dans leur logement. La collaboration est le point le plus important et, ce que le propriétaire doit comprendre est, qu’il ne faut pas hésiter à en parler aux autres locataires afin d’obtenir une coopération complète. Autrement, chacun risque de faire à sa tête et répandre le problème dans d’autres logements. L’idéal est que tous les partis impliqués, propriétaire, locataire et exterminateur, soient en mesure de communiquer correctement. La communication est extrêmement importante dans un cas comme celui-ci. Les locataires ne doivent pas hésiter à en parler au propriétaire. Un bon traitement contre les punaises devrait être fait au moins deux fois dans le logements avec des vérifications par la suite.PM: La difficulté est que ce n’est pas seulement un locataire qui est concerné. Il faut être en mesure de synchroniser tout le monde ensemble, autrement on ne fera que déplacer le problème d’un côté et de l’autre.YS: C’est pour cette raison qu’il est important que le propriétaire et les locataires comprennent qu’il ne faut pas s’énerver avec cela un vendredi après-midi et chercher à appeler un exterminateur sur le champ. Il faut être en mesure de voir si le problème est récurrent ou s’il aurait pu être causé à un autre endroit.PM: Et, s’il y a récurrence, on peut par la suite tenter de déterminer la source pour les trouver.YS: Il est important de comprendre qu’il y a des règlements à la ville de Montréal rendant impossible un traitement si le locataire n’a pas été averti 48 heures au préalable. Par la suite, il faut un avis écrit afin d’expliquer comment le traitement sera effectué, tous les détails de l’entreprise et les produits utilisés.PM: Supposons que tout le monde collabore bien et que le traitement a bien été effectué, quelles sont les chances d’arrêter complètement un problème de punaises de lit?YS: Dans notre milieu, il n’y a aucun problème qui ne s’arrête pas. Tout peut se régler. Si tous les partis collaborent bien et que tout le monde fait ce qu’il doit faire, le problème peut être réglé en un mois.PM: J’ai vu dans les médias qu’à certains endroits il était possible de congeler des choses. Quel serait ton opinion la dessus?YS: Certains endroits vont travailler avec la chaleur. C’est une bonne méthode pour les maisons de sol, cependant je suis assez sceptique de l’efficacité que cela pourrait avoir dans un logement. Si l’on chauffe le logement et que la punaise est caché dans le mur, elle n’aura qu’à se déplacer dans le logement d’à côté.PM: Quels conseils donnerais-tu afin de bien choisir une entreprise?YS: Ce que je vais dire peut sembler étrange, mais il ne faut pas que l’exterminateur ait le temps d’y aller tout de suite et ne pas s’attendre à des promesses. Personne ne peut garantir un résultat à 100%. Il faut, de toute façon, prendre le temps d’aviser les gens 48h à l’avance. Pleins de petites étapes, comme distribuer les avis au locataires, auxquels vous pouvez porter attention. Le propriétaire doit aussi demander un rapport des travaux et non seulement une facture.PM: C’est un point important car j’imagine que, si un locataire ne collabore pas et que le problème revient à chaque fois, les rapports pourront servir dans un éventuel dossier à la Régie si le préjudice persiste. Merci à Yves Surprenant de nous avoir offert son temps et ses précieux conseils pour l’écriture de cet article ainsi que l’entrevue vidéo. L’entrevue est disponible sur notre page Facebook: Patrice Ménard – Multi-logements ou sur notre site web : patricemenard.com